21 septembre 2026

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KEUR MASSAR : « NOUS SOMMES 700 000 HABITANTS ET NOUS N’AVONS MÊME PAS D’HÔPITAL », Le CRI D’ALARME DE MOUHAMADOU MOUSTAPHA SEYE

Ils étaient venus donner de leur sang pour sauver des vies. Mais à Keur Massar, cette opération citoyenne a surtout servi de caisse de résonance à une autre urgence : celle d’une population confrontée à un manque d’infrastructures sanitaires, aux inondations et à l’absence d’équipements sportifs. Mouhamadou Moustapha Sèye, coordinateur du mouvement Déffé Nénén et responsable d’ALSAR à Keur Massar, interpelle les autorités.

Donner son sang pour sauver une vie. Le geste est simple. Mais derrière les poches de sang collectées, une autre réalité s’est invitée dans les échanges : celle des difficultés quotidiennes des populations de Keur Massar.

À l’occasion de cette journée de don de sang organisée par le mouvement Déffé Nénén, en collaboration avec ALSAR, Mouhamadou Moustapha Sèye a choisi de parler des urgences de son territoire. « C’est un geste simple, mais profondément humain. C’est un acte qui traduit un engagement citoyen ».

Une mobilisation qui répond notamment à l’appel lancé par les autorités sanitaires pour renforcer les stocks de sang. Mais pour Séye, l’engagement citoyen ne doit pas s’arrêter au don de sang.

« Nous n’avons même pas d’hôpital »

C’est l’un de ses principaux coups de gueule. Keur Massar, département fortement peuplé, reste confronté à un déficit d’infrastructures hospitalières. Selon les données de l’ANSD portant sur 2024, le département était alors le seul de la région de Dakar sans hôpital public.

Pour Mouhamadou Moustapha Sèye, la conséquence est directe pour les populations. « Nous n’avons que des postes de santé et pour une démographie aussi importante – nous sommes 700 000 habitants pour le département de Keur Massar et 102 000 habitants pour la commune de Keur Massar Sud – ça pose problème. Nos patients sont obligés d’être référés à l’hôpital Principal ou à Le Dantec. C’est risqué parce que c’est un long trajet. Nous voulons que ça cesse ».

Une situation qui, selon lui, pèse particulièrement sur les familles confrontées à une urgence médicale. « Face à toutes ces difficultés, il y a lieu que les autorités revoient un peu les priorités des Massarois ».

Autre problème récurrent : les inondations

Monsieur Sèye reconnaît que la question de l’assainissement relève en grande partie de l’État. Mais il estime que les collectivités locales peuvent agir pour réduire les difficultés des habitants en attendant des solutions structurelles. « Les inondations sont toujours là. Même si l’on sait que ce n’est pas du ressort de la mairie, il y a l’idée que la mairie doit faire un effort en accompagnant avec des motopompes, tout simplement pour soulager ».

Pour lui, le combat doit ensuite se poursuivre à travers le plaidoyer auprès de l’État pour régler durablement la question de l’assainissement. Un problème qui, à ses yeux, dépasse largement le cadre politique. « Nous avons, depuis 2022, plaidé pour la cause des citoyens ».

À Keur Massar, le déficit d’équipements ne concernerait pas uniquement la santé et l’assainissement. Le sport figure également parmi les préoccupations soulevées par le responsable politique. Il déplore notamment l’absence de stade permettant aux équipes locales d’organiser leurs activités dans la commune. « Nous n’avons pas de stade à Keur Massar. Nous sommes obligés d’aller jusqu’à Mbao pour jouer les Navétanes ».

Au-delà du problème sportif, M. Sèye y voit également un manque à gagner économique pour la commune. « Ce déplacement d’une commune à une autre, c’est une grande perte parce que ce sont des recettes qui entrent dans l’autre commune alors qu’elles pouvaient rester ici à Keur Massar ».

Membre d’un mouvement composé notamment de conseillers municipaux, d’anciens responsables politiques et de candidats, Mouhamadou Moustapha Sèye revient également sur les limites du rôle des élus locaux. « Le rôle d’un conseiller municipal a des limites. Tout ce qu’il peut faire, c’est plaider pour apporter des solutions aux préoccupations des populations. C’est le maire qui exécute ».

Une manière, selon lui, d’expliquer pourquoi certaines préoccupations soulevées au niveau du conseil municipal peinent à se traduire en réalisations concrètes.

Sur la gestion municipale, son jugement est sévère. Il affirme que les conseillers font des propositions lors des débats d’orientation budgétaire, mais que les résultats ne seraient pas à la hauteur des attentes. Une appréciation qui relève de son analyse politique et qu’il assume : « Au résultat, c’est tout le contraire qui est constaté. C’est un bilan pratiquement très négatif. »

Le rapprochement entre Déffé Nénén et ALSAR, explique M. Sèye, repose sur une volonté commune d’« agir autrement ». Il estime que les deux structures partagent une même approche axée sur les actions de terrain et les préoccupations des populations. « On a constaté qu’ALSAR agit autrement à travers ses actions. C’est un parti de développement qui s’intéresse aux activités liées au développement et à la satisfaction des problèmes des citoyens sénégalais ».

Pour les initiateurs de la journée, le don de sang n’est donc que le premier acte d’une série d’activités citoyennes. La sensibilisation aux maladies et à la prévention figure également dans leurs prochaines actions, notamment à l’approche d’Octobre rose et de Novembre bleu.

À Keur Massar, le message est clair : sauver des vies avec un don de sang, mais aussi alerter sur les conditions de vie de ceux qui vivent dans ce département. Et pour Mouhamadou Moustapha Sèye, l’urgence se résume à une équation simple : plus de santé, d’assainissement et d’infrastructures pour une population qui ne cesse de grandir.

Adama Sy.