22 septembre 2026

Seneinfo

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Ziguinchor : sept Sierra-Léonaises, dont des mineures, au cœur d’une affaire présumée de traite sexuelle

Une affaire de traite présumée des personnes à des fins d’exploitation sexuelle a conduit deux femmes devant le procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Ziguinchor. Il s’agit de Fatu FOFANAH, alias « Loveta », de nationalité sierra-léonaise, et de Testimony BLESSING, de nationalité nigériane.

L’affaire a éclaté après des informations recueillies par l’Antenne régionale de la Direction de la lutte contre le trafic de migrants et la traite des personnes (DNLT) de Ziguinchor, faisant état de la présence de plusieurs jeunes femmes sierra-léonaises dans un appartement situé à Kandialang.

Les investigations menées par les enquêteurs ont permis de localiser le logement. Sur place, sept ressortissantes sierra-léonaises ont été découvertes, dont certaines seraient âgées de 14 ans. Elles ont été conduites dans les locaux du service pour les besoins des vérifications et des auditions.

Selon leurs déclarations, recueillies séparément, elles auraient été recrutées en Sierra Leone, certaines ayant transité par la Guinée-Bissau, sur la base de promesses d’emploi ou de meilleures conditions de vie. Elles auraient ensuite été acheminées vers Ziguinchor, où elles auraient été hébergées dans l’appartement de Kandialang avant d’être soumises à une exploitation sexuelle.

Les jeunes femmes ont mis en cause Fatu FOFANAH alias « Loveta » et Testimony BLESSING, qu’elles présentent comme impliquées dans un réseau opérant entre la Sierra Leone, la Guinée-Bissau et le Sénégal.

D’après les témoignages recueillis, une dette de 1,5 million de francs CFA aurait été imposée aux jeunes femmes. Certaines auraient déclaré avoir déjà remboursé cette somme, tandis que d’autres seraient encore en cours de remboursement.

Elles ont également expliqué percevoir 3 000 francs CFA par client, les recettes étant remises à leurs recruteuses à la fin de chaque journée. Les montants auraient été consignés dans des cahiers retrouvés sur les lieux, comportant notamment des noms et différentes sommes d’argent.

Les victimes présumées ont, par ailleurs, affirmé que leurs documents d’identité et leurs téléphones portables auraient été confisqués afin de restreindre leurs déplacements et leurs possibilités de communication.

Elles ont également fait état de pratiques à caractère rituel, au cours desquelles des vidéos auraient été réalisées et conservées comme moyens de pression.

L’enquête s’est également intéressée aux carnets sanitaires présentés par certaines jeunes femmes. Certaines ont déclaré ne s’être jamais rendues personnellement dans un district sanitaire et ont soutenu que des carnets auraient été établis à partir d’anciens documents, avec notamment des changements de photographies et d’informations d’identité.

Ces modifications auraient, selon leurs déclarations, notamment permis de dissimuler l’âge réel de certaines d’entre elles.

Le cas de Mary CONTEH est particulièrement mis en avant dans le dossier. Selon son témoignage, elle aurait été recrutée en Sierra Leone alors qu’elle était âgée de 14 ans. Ses parents auraient été informés d’une proposition d’emploi différente de l’activité qui lui aurait finalement été imposée.

Elle affirme qu’un document d’identité aurait été obtenu pour la faire apparaître comme majeure, avant son acheminement vers la Guinée-Bissau. Elle aurait ensuite été confiée à une dénommée Kadiatou FOFANAH alias « Gift ».

Selon son récit, elle était encore vierge à son arrivée et aurait appris qu’elle était destinée à la prostitution. Face à son refus, elle affirme avoir subi des contraintes et avoir été conduite dans un bar dénommé « GNANT », situé en face du garage de Canchungo, en Guinée-Bissau.

Elle aurait alors été mise à la disposition du gérant, surnommé « Blacka », qui l’aurait soumise à des violences et à des actes sexuels imposés avant son transfert à Ziguinchor, où elle aurait poursuivi l’activité d’exploitation sexuelle.

Confrontées aux déclarations des jeunes femmes, Fatu FOFANAH alias « Loveta » et Testimony BLESSING auraient, pour l’essentiel, reconnu leur implication dans le recrutement de certaines des filles retrouvées dans l’appartement ainsi que dans leur hébergement à des fins d’exploitation sexuelle.

Elles ont expliqué aux enquêteurs que leur mode opératoire reposerait sur des relais établis en Sierra Leone. Ces derniers prendraient contact avec les parents ou directement avec les jeunes filles en leur faisant miroiter des emplois rémunérés au Sénégal.

Une fois acheminées, les jeunes femmes découvriraient que le travail promis ne correspondrait pas à la réalité et qu’elles seraient destinées à l’exploitation sexuelle.

Les deux mises en cause auraient également déclaré avoir elles-mêmes été victimes de pratiques similaires. Elles expliqueraient leur implication actuelle par une volonté de vengeance.

L’enquête révèle en outre que certaines victimes présumées pourraient, après leur exploitation, être transférées vers d’autres localités et remises à d’autres exploitants, moyennant des sommes pouvant atteindre 1 million de francs CFA par victime.

Au terme des investigations, Fatu FOFANAH alias « Loveta » et Testimony BLESSING ont été présentées au procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Ziguinchor. Elles sont poursuivies notamment pour association de malfaiteurs, proxénétisme, extorsion de fonds, traite des personnes à des fins d’exploitation sexuelle, faux et usage de faux en documents administratifs et complicité de viol.

Astou Sow.