23 octobre 2026

Seneinfo

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Une mutinerie dans une prison dans le nord du Brésil fait plus de cinquante morts

Des affrontements dans une prison du nord du Brésil ont fait au moins 52 morts parmi les détenus lundi, dont 16 ont été décapités. Les autorités soupçonnent que des disputes entre factions criminelles rivales soient à l’origine du drame.


Au moins 52 dĂ©tenus ont Ă©tĂ© tuĂ©s lundi 29 juillet, dont 16 par dĂ©capitation, lors d’un affrontement dans une prison du nord du BrĂ©sil. Selon les autoritĂ©s locales, des disputes entre gangs rivaux pour le contrĂ´le du centre de dĂ©tention seraient Ă  l’origine du drame.

Le nouveau massacre qui endeuille le système pĂ©nitentiaire a eu lieu au Centre de redressement rĂ©gional d’Altamira, dans l’État du ParĂ¡. En pleine forĂªt amazonienne, il s’agit d’une rĂ©gion stratĂ©gique oĂ¹ des factions criminelles rivales se disputent le trafic de cocaĂ¯ne.

La mutinerie, qui a dĂ©butĂ© vers 7 heures locales (10 h GMT) s’est terminĂ©e en fin de matinĂ©e avec la reprise du contrĂ´le par les autoritĂ©s.

« C’est un affrontement entre membres de factions rivales », a expliquĂ© Ă  l’AFP une porte-parole du Système pĂ©nitentiaire du ParĂ¡ (Susipe), sans prĂ©ciser quelles factions Ă©taient concernĂ©es. « Deux gardiens avaient Ă©tĂ© pris en otages, mais ils ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s ».

Des morts asphyxiés

Des dĂ©tenus issus d’une section de la prison rĂ©servĂ©e aux membres d’une faction criminelle ont fait irruption dans une autre zone oĂ¹ se trouvaient des prisonniers appartenant Ă  un gang rival, avant d’y mettre le feu. « Il est probable que de nombreux dĂ©tenus soient morts asphyxiĂ©s », a soulignĂ© la porte-parole du Susipe, prĂ©cisant que des experts Ă©taient sur place et que le bilan pourrait encore s’alourdir.

Une vidĂ©o circulant sur les rĂ©seaux sociaux montre six tĂªtes de prisonniers entassĂ©es contre un mur. Un dĂ©tenu apparaĂ®t ensuite dans le champ et fait rouler l’une d’elles avec son pied. Sur une autre vidĂ©o, on peut voir des corps calcinĂ©s sur un toit d’oĂ¹ s’Ă©chappe une Ă©paisse fumĂ©e noire, tandis que des prisonniers armĂ©s de machettes arpentent les lieux.

D’après les autoritĂ©s pĂ©nitentiaires, la prison d’Altamira, d’une capacitĂ© d’environ 163 dĂ©tenus, en comptait 343, un exemple classique de surpopulation des prisons brĂ©siliennes.

Le ministère de la Justice a indiqué dans un communiqué que des places avaient été rendues disponibles dans des prisons fédérales de haute sécurité pour que les « leaders impliqués dans la mutinerie » y soient transférés. Le ministre Sergio Moro a « déploré les morts » et annoncé « une intensification du travail des services de renseignement » pour éviter que de tels drames se reproduisent.

Deuxième mutinerie la plus mortelle de 2019

Il s’agit de la deuxième mutinerie la plus mortelle de l’annĂ©e, selon le quotidien Folha de SĂ£o Paulo. En mai, 55 dĂ©tenus avaient Ă©tĂ© tuĂ©s en deux jours lors d’affrontements entre factions criminelles dans plusieurs prisons de l’État voisin d’Amazonie (Nord).

En septembre 2018, sept prisonniers avaient trouvĂ© la mort lors d’une mutinerie dans cette mĂªme prison d’Altamira. La mutinerie avait Ă©tĂ© attribuĂ©e cette fois-ci Ă  une tentative d’Ă©vasion.

DĂ©but 2017, des Ă©meutes sanglantes avaient causĂ© la mort d’une centaine de prisonniers en un mois dans plusieurs États septentrionaux du pays, la plupart sauvagement assassinĂ©s, nombre d’entre eux Ă©tant dĂ©capitĂ©s, parfois mĂªme Ă©viscĂ©rĂ©s.

Les massacres sont attribuĂ©s par les autoritĂ©s aux affrontements entre factions rivales de narcotrafiquants, pour qui le nord du BrĂ©sil est une zone stratĂ©gique du transport de cocaĂ¯ne en provenance de pays producteurs voisins comme la Colombie, le PĂ©rou ou la Bolivie.

Disputes de factions sur la route de la cocaĂ¯ne

Avec près de 727 000 détenus recensés en 2016, le Brésil compte la troisième population pénitentiaire du monde, souvent secouée par des drames.

La capacitĂ© des prisons est deux fois moindre, environ 368 000 places, dans ce pays de près de 210 millions d’habitants qui est l’un des plus violents au monde.

Pour Robert Muggah, directeur de recherche de l’Institut Igarape de Rio, « les dirigeants brĂ©siliens ont toujours rĂ©pondu Ă  ces crises du système pĂ©nitentiaire en construisant plus de prisons et en prĂ´nant des peines plus lourdes ». Il considère qu’une solution plus efficace serait de « chercher des alternatives Ă  la prison » pour certaines infractions moins graves afin de rĂ©duire la population carcĂ©rale.

Altamira, ville de 110 000 habitants situĂ©e Ă  plus de 800 km de BelĂ©m, capitale du ParĂ¡, connaĂ®t de graves problèmes de dĂ©forestation, des territoires censĂ©s Ăªtre rĂ©servĂ©s aux tribus indigènes Ă©tant rĂ©gulièrement la cible de trafiquants illĂ©gaux de bois et les gros propriĂ©taires terriens.

France 24