22 octobre 2026

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MIGRANTS DE RETOUR AU SÉNÉGAL : APRÈS L’ACCUEIL, LE DÉFI DE LA RÉINTÉGRATION DURABLE

Rentrer au Sénégal ne signifie pas toujours pouvoir y reconstruire sa vie. Difficultés économiques, besoins psychosociaux et accès à l’emploi peuvent fragiliser les perspectives de réintégration. Pour éviter que le retour ne soit suivi d’un nouveau départ, l’État entend pérenniser le Mécanisme national d’orientation (MNO). Un chantier qui pose une question centrale : comment garantir la continuité de l’accompagnement lorsque les financements extérieurs viennent à manquer ?

Entre août 2022 et avril 2026, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en collaboration avec les autorités nationales, a facilité le retour volontaire de plus de 4 740 Sénégalais. Parmi eux, 4 050 ont bénéficié d’au moins une forme d’appui direct à la réintégration, notamment dans le commerce, le transport, l’élevage, l’agriculture, les services de transfert d’argent et la couture.

Derrière ces chiffres, les besoins restent multiples. « Quand un Sénégalais est de retour, il peut faire face à plusieurs types de difficultés, économiques, sociales, de santé mentale et psychosociales. Donc, l’intervention doit être multiple », souligne El Hadj Abdoul Karim Cissé, directeur des Sénégalais de l’extérieur.

C’est pour mieux coordonner les réponses que le MNO a été mis en place. Le mécanisme vise à articuler l’intervention des différents acteurs, depuis le pays d’accueil jusqu’à l’arrivée au Sénégal et à la réintégration. L’objectif est d’éviter que les personnes de retour ne se retrouvent face à des démarches dispersées ou à un accompagnement qui s’interrompt trop tôt.

Pour El Hadj Abdoul Karim Cissé, la nécessité d’un suivi durable ne fait aucun doute. « Parce que si la réintégration n’est pas durable, nous sommes appelés à assister à ce qu’on appelle de la ré-immigration », avertit-il.

C’est l’un des enjeux de l’atelier organisé les 21 et 22 octobre 2026 à Dakar par l’OIM, avec la participation d’une cinquantaine d’acteurs étatiques et non étatiques. Les échanges portent sur la présentation, la concertation et la finalisation du plan de durabilité du MNO, articulé autour de quatre dimensions : institutionnelle, financière, opérationnelle et partenariale.

Au-delà de la finalisation du dispositif, l’enjeu est de garantir son fonctionnement dans la durée. El Hadj Abdoul Karim Cissé indique que sa direction consacre déjà une partie de son budget à cet accompagnement. Il souhaite également que les autres structures concernées intègrent cette démarche dans leurs stratégies d’intervention et leurs prévisions budgétaires.

Mais l’engagement d’une seule direction ne suffit pas à garantir la pérennité de l’ensemble du mécanisme. Celle-ci suppose une appropriation par les institutions concernées, des ressources mobilisables et une répartition claire des responsabilités.

Pour Aïssata Kane, cheffe de mission de l’OIM au Sénégal, les partenaires techniques ne peuvent se substituer à l’État. « En tant que partenaire technique et d’expertise, nous pouvons venir. Mais ce qui fait la différence dans ce mécanisme, c’est qu’il soit porté par le gouvernement, porté par une volonté étatique d’avoir une réponse étatique à une problématique qui est nationale », insiste-t-elle.

La durabilité du mécanisme se mesurera également à sa capacité à répondre aux besoins des migrants de retour, où qu’ils se trouvent dans le pays. L’accompagnement ne peut se limiter au soutien économique : il peut aussi nécessiter un suivi psychosocial, un accès aux soins, une reconversion professionnelle, un financement de projet ou un appui à la réinsertion dans la communauté.

« Le retour doit être accompagné et ces personnes doivent avoir le tissu social qui est là, derrière, mais aussi le tissu économique », rappelle Aïssata Kane.

Cette approche suppose une coordination entre les ministères, les services déconcentrés, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile, les associations de migrants et les migrants eux-mêmes. Ces derniers doivent pouvoir exprimer leurs besoins et être orientés vers les structures adaptées.

El Hadj Abdoul Karim Cissé insiste également sur l’articulation entre le niveau national et les territoires. Des relais existent dans les régions, mais leur action doit s’inscrire dans un dispositif cohérent, avec des rôles définis et des procédures d’orientation partagées.

La finalisation du plan de durabilité constitue une étape dans la structuration du MNO. Reste à traduire les orientations retenues en engagements institutionnels, financiers et opérationnels concrets.

La pérennité du mécanisme ne se mesurera donc pas seulement à l’existence de procédures ou à la mobilisation des partenaires, mais à sa capacité à assurer un accompagnement effectif dans la durée.

Pour les migrants de retour, l’enjeu est de pouvoir reconstruire leur vie au Sénégal sans voir les possibilités d’accompagnement s’évanouir avec les financements qui les soutiennent. C’est à cette épreuve, bien plus qu’à la seule finalisation d’un plan, que se mesurera la durabilité du MNO.

Adama SY.