Les JOJ 2026 sont le tout premier événement olympique organisé sur le continent africain. Il aura fallu plus d’un siècle de mouvement olympique pour y arriver, et par la porte de l’édition « jeunesse ». Les Jeux des grandes puissances restent ailleurs. Le symbole est fort, mais il ne doit pas nous faire oublier cette hiérarchie.
Un test de capacité souverain.
Sénégal joue sa crédibilité, et celle du continent. Les épreuves se tiennent à Dakar, Diamniadio et Saly, avec environ 2 700 athlètes attendus. Le message est limpide : on a livré. À deux jours de l’ouverture, le COJOJ affirmait que le village olympique était opérationnel et que tous les sites étaient prêts. La présidente du CIO, Kirsty Coventry, a elle-même salué la qualité des installations.
Ce sont les premiers Jeux olympiques de la Jeunesse organisés sur le continent africain. Pour une candidature future à des Jeux majeurs, que ce soit Lagos, Johannesburg, Le Caire, Casablanca ou une candidature commune, le dossier se lira avec Dakar en pièce à conviction. Le CIO regardera ce qui s’est passé ici : transports, sécurité, hébergement, gestion des foules, qualité de la diffusion.
Et c’est là que l’injustice se loge. Quand une ville européenne ou asiatique connaît un couac, on parle d’une ville, d’un comité, d’une gestion. Quand l’Afrique en connaît un, la lecture devient continentale : « voilà ce qui arrive quand l’Afrique organise ». Un raté serait retenu contre tout le continent. Cette asymétrie est réelle, elle est injuste, mais elle est la règle du jeu. Le Sénégal le sait, et porte donc une pression que Paris ou Tokyo n’ont jamais eue.
Les questions qui fâchent.
Le coût et la dette : Dans un pays sous tension budgétaire, qui paie et quel héritage reste-t-il après le 13 novembre ? Les « éléphants blancs » ont déjà marqué l’histoire des grands événements en Afrique.
L’impact social : Le Premier ministre a dû ordonner un plan d’aménagement du calendrier scolaire pour la période des Jeux. Et des restrictions de circulation sur l’autoroute de l’Avenir ont été fixées par arrêté. Dakar, déjà congestionnée, absorbe le choc au quotidien.
La jeunesse comme sujet : Ces Jeux sont ceux de la jeunesse. Mais la jeunesse sénégalaise attend d’abord de l’emploi, pas seulement des médailles.
Le vrai enjeu panafricain.
Dakar peut devenir la preuve de ce que l’Afrique sait faire seule : financer, organiser, raconter. Ou le décor d’une fête dont les bénéfices partent ailleurs. Le verdict ne tombera pas le 13 novembre, à l’extinction de la flamme. Il tombera après. Que deviendront les sites de Diamniadio et de Saly ? Les jeunes athlètes seront-ils formés, suivis, ou oubliés dès que les caméras partent ? Les retombées arriveront-elles jusqu’aux quartiers, ou resteront-elles dans les hôtels ? C’est là qu’on saura si l’Afrique a organisé les Jeux, ou si elle les a seulement accueillis.
Doudou SEYDI.

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