14 septembre 2026

Seneinfo

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Sur commande de la Fondation Heinrich Böll SĂ©nĂ©gal, une Ă©tude a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e sur les projets et programmes migratoires au SĂ©nĂ©gal de 2005 Ă  2019. Le document signĂ© du Dr Mamadou DimĂ©, sociologue et enseignant-chercheur au DĂ©partement de sociologie de l’UniversitĂ© Gaston Berger de Saint-Louis, fait part d’ « une avalanche de financements pour des rĂ©sultats mitigĂ©s Â».  Comme pour confirmer les doutes du prĂ©sident de l’ONG Horizon sans frontière (HSF) sur l’utilisation de l’argent injectĂ© par l’Union EuropĂ©enne dans la lutte contre l’émigration clandestine au SĂ©nĂ©gal.

Selon ledit rapport parcouru par PressAfrik, plus de 200 milliards de francs CFA (environ 305 millions d’euros) ont été investis au Sénégal, dans le domaine de la migration entre 2005 et 2019, principalement autour de trois axes. Il s’agit de la surveillance des frontières, favoriser les retours, et améliorer la situation socio-économique dans les zones de départ.

Le constat a rĂ©vĂ©lĂ© que de 2015 Ă  2019, la voie terrestre par le Sahara puis l’Afrique du Nord Ă©tait la route migratoire principale utilisĂ©e par les migrants pour se rendre en Europe. Selon les statistiques de l’Union europĂ©enne, 19.235 SĂ©nĂ©galais sont arrivĂ©s  en Italie, en Grèce et en Espagne par voie maritime de janvier 2016 Ă  mars 2019.

En plus, cette pĂ©riode est marquĂ©e par une augmentation massive des financements de l’Union europĂ©enne relatifs Ă  la migration irrĂ©gulière. Durant cette pĂ©riode, l’Union europĂ©enne a lancĂ© le Fond fiduciaire d’urgence en faveur de la stabilitĂ© et de la lutte contre les causes profondes de la migrations irrĂ©gulière et du phĂ©nomène des personnes dĂ©placĂ©es en Afrique (FFUE) visant Ă  appuyer la mise-en-Å“uvre de la dĂ©claration politique commune de La Valette.

Entre 2015 et 2019, le SĂ©nĂ©gal reçoit par l’intermĂ©diaire du FFUE au moins 170,8 millions d’euros (environ 112 milliards de francs CFA) pour une dizaine de projets. Au total, de 2015 Ă  2019,  plus de 120 milliards de francs CFA (environ 182 millions d’euros) ont Ă©tĂ©, au total, dĂ©caissĂ©s pour la mise en Å“uvre des projets et programmes orientĂ©s vers la dissuasion des migrations irrĂ©gulières, soit une augmentation de 140% par rapport Ă  la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente.

MalgrĂ© cette augmentation exponentielle des financements, les rĂ©sultats de ces projets et programmes sont « mitigĂ©s du fait que les montants dĂ©pensĂ©s ne sont pas Ă  la hauteur des attentes et des objectifs pour lesquels les projets et programmes ont Ă©tĂ© mis en Å“uvre Â», relève Dr Mamadou DimĂ©.

Le dernier profil migratoire du SĂ©nĂ©gal publiĂ© par l’Agence Nationale de la Statistique et de la DĂ©mographie et l’OIM en 2018 conclut que l’émigration irrĂ©gulière au SĂ©nĂ©gal continue de « prendre de l’importance Â», tout en notant l’impossibilitĂ© de donner des chiffres exacts en l’absence de donnĂ©es cohĂ©rentes et collectĂ©es de manière rĂ©gulière.

Egalement, une note de recherche publiĂ©e par l’OIM en 2019 constate une recrudescence des migrations irrĂ©gulières du SĂ©nĂ©gal vers l’Espagne par la voie maritime en 2018. Cette Ă©tude conclut que le «  manque d’opportunitĂ©s Ă©conomiques  » et «  l’image positive de la migration  » vĂ©hiculĂ©e par les proches continuent Ă  pousser les jeunes SĂ©nĂ©galais Ă  la migration irrĂ©gulière.

L’auteur du rapport explique « ces rĂ©sultats mitigĂ©s peuvent s’expliquer par diffĂ©rents facteurs, Ă  commencer par un Ă©parpillement des responsabilitĂ©s institutionnelles dans la gouvernance des migrations Â». Car, remarque-t-il, « il n’existe aucune structure au SĂ©nĂ©gal ayant pour mandat d’aborder le fait migratoire dans sa transversalitĂ© (Ă©migration, migration interne et immigration) Â».

Cet Ă©parpillement institutionnel, avance-t-il « contribue Ă  faire de la migration un champ Ă©clatĂ© propice Ă  la multiplication des initiatives sans un cadre de concertation apte Ă  fĂ©dĂ©rer les actions et Ă  contrecarrer le chevauchement et la duplication des programmes et des projets Â». Il empĂªche aussi « l’émergence d’une ligne politique claire et cohĂ©rente dans la gouvernance des enjeux et dĂ©fis posĂ©s par les migrations Â».

Des migrants de retour et candidats Ă  l’émigration interrogĂ©s, ont exprimĂ© leurs prĂ©occupations et leurs frustrations. Ils ont mis en exergue le dĂ©calage entre l’ampleur des financements proposĂ©s par les bailleurs au SĂ©nĂ©gal et les montants qui parviennent finalement aux populations. Les migrants ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© de l’assistance de l’OIM dans le cadre de retours volontaires estiment souvent que les montants allouĂ©s sont « insuffisants et finissent par remettre en cause la pertinence de cette assistance Â».

« J’ai tentĂ© de partir en Europe en passant par le Mali puis le Niger et la Lybie. Je suis restĂ© bloquĂ© au Niger avec beaucoup d’autres jeunes SĂ©nĂ©galais. Nous avons connu la galère dans ce pays. Lorsque l’OIM nous a proposĂ© de rentrer au SĂ©nĂ©gal, moi je n’ai pas hĂ©sitĂ© car je n’en pouvais plus. Lorsque je suis rentrĂ©, on nous a proposĂ© des montants insignifiants pour pouvoir faire quoi que soit. […] En plus, ce qu’ils ignorent, c’est ce que nous nous endettons ou bien nous vendons tous nos biens pour partir, donc tu es rapatriĂ©, la situation qui t’a amenĂ© Ă  partir n’a pas changĂ© d’un iota. Ce ne sont pas des montants d’argent aussi faibles qu’on amènera Ă  renoncer Ă  l’Europe Â», a tĂ©moignĂ© dans le rapport, un migrant de retour.

Il ajoute : « Il ne se passe pas un mois sans que l’on ne parle Ă  la tĂ©lĂ© de financements accordĂ©s Ă  des migrants de retour. C’est beaucoup d’argent […]. On se demande oĂ¹ part cet argent et qui en profite. […] Dans mon entourage, chez mes compagnons avec qui je suis rentrĂ©, je ne connais personne ayant rĂ©ussi Ă  bĂ©nĂ©ficier d’un quelconque financement. L’argent destinĂ© Ă  aider les migrants de retour doit arriver jusqu’à nous. Nous avons beaucoup de projets mais nous n’avons pas les moyens de les rĂ©aliser.»

QUELQUES RECOMMANDATIONS AUX AUTORITÉS SÉNÉGALAISES

Au terme de cette Ă©tude, l’auteur du rapport a formulĂ© quelques recommandations aux autoritĂ©s sĂ©nĂ©galaises. Dr DimĂ© a demandĂ© notamment la « mise en place des politiques et programmes orientĂ©es vers l’identification de rĂ©ponses pĂ©rennes et articulĂ©s aux dĂ©fis et enjeux migratoires propres au SĂ©nĂ©gal et non pensĂ©s par rapport Ă  l’agenda de ses partenaires techniques et financiers, la crĂ©ation d’un ministère chargĂ© des questions migratoires ayant pour mandat d’assurer la mise en Å“uvre de la politique nationale de migration et la coordination des interventions relatives Ă  la migration, et une rĂ©vision en profondeur de la politique nationale de migration du SĂ©nĂ©gal avant sa validation politique, notamment afin de mettre en valeur les opportunitĂ©s liĂ©es Ă  la mobilitĂ© internationale de la population sĂ©nĂ©galaise Â».

Pour rappel, le prĂ©sident de l’ONG Horizon sans frontière a Ă©tĂ© arrĂªtĂ© Ă  sa descente de l’AIBD vendredi dernier et placĂ© en garde Ă  vue le lendemain samedi. Avant dâ€™Ăªtre placĂ© sous mandat de dĂ©pĂ´t en dĂ©but de semaine. Il est poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles, après avoir dĂ©clarĂ© que l’argent injectĂ© par l’Union europĂ©enne pour la lutte contre l’émigration clandestine devait faire l’objet d’audit, après les centaines de morts enregistrĂ©es au SĂ©nĂ©gal en 2020 dans la mer.

Pressafrik